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Quelques éléments
typiques du paysage fougerollais
Fougerolles présente des paysages caractéristiques, avec des éléments propres à son
histoire, à sa région, à ses habitants. Ces éléments paysagers, en plus de participer
à la diversification des vues, ont souvent dautres rôles. Ceux-ci renforcent leur
importance dun aspect aussi bien paysager quécologique, historique,
économique ou social.
D'autre part l'évolution des activités de
l'Homme a aussi engendrer la "fermeture du paysage" (enrésinement,
enfrichement,...) et aujourd'hui de nouvelles problématiques de gestion paysagère en
découlent.
Voici certains éléments paysagers et problématiques développés lors de notre
exposition :
Les vergers traditionnels
Les vergers modernes
Les arbres isolés L'enrésinement
Les friches L'abandon du patrimoine bâti
Les murets de pierres
sèches
... mais aussi dans notre bulletin n°31 (parution en novembre
2004) : les haies, l'aménagement urbain, le patrimoine bâti, la pollution visuelle, le
petit partimoine architectural,... |
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Les vergers traditionnels |
Dorigine humaine, le verger à haute-tige constitue néanmoins un écosystème
original harmonieux du paysage et renferme de nombreuses espèces animales et végétales. |

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Jusquau tournant des années 1960, le verger se
présentait sous la forme darbres fruitiers complantés cest à dire
disséminés dans les cultures. Le sol était donc exploité soit en labours destinés aux
céréales et à la pomme de terre soit en prairies de fauche ou pâturées surmontés
dune arboriculture très complémentaire. De nos jours les vergers haute-tige sont
implantés presque exclusivement dans les pâtures ou les prairies. Ils permettent alors
une double utilisation du sol puisque lon peut faucher lherbe ou faire
pâturer du bétail sous les arbres. |
Arbres complantés en polyculture. |
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La composition des vergers traditionnels
est basée essentiellement sur le principe des mélanges darbres à fruits à
pépins, alternés avec ceux à noyaux ; pommiers, poiriers, pruniers, mirabelliers,
quetschiers, cerisiers, noyers. Conduits de manière à obtenir des troncs denviron
1,80 à 2,00 m de hauteur, ces arbres constituent le verger à «haute-tige ».
Lhomme a valorisét biologiquement et économiquement ces vergers en créant
de nombreuses variétés fruitières locales bien adaptées à nos terroirs. Les fruits de
ces vergers ont la particularité dêtre sains, riches en saveur, en arôme et en
nutriments. Ils permettent également lélaboration de produits naturels. Parmi ces
derniers on compte les jus de fruits, les confitures, les fruits séchés, les compotes,
les tartes. Les eaux de vie, les miels, voire certains vinaigres, tirent également leurs
richesses de la variété des vergers. |
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En plus dêtre des producteurs de fruits aux
qualités gastronomiques exceptionnelles, les vergers sont aussi des lieux de
convivialité, des espaces de promenade et de découverte où chacun prend contact avec
lenvironnement naturel, vit les rythmes des saisons, suit le ballet des abeilles qui
jouent un rôle si important pour la pollinisation des fleurs des arbres. |
Les vergers autour de la Croix du milieu de la Commune, lieu
de promenade. |
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Enfin le verger
traditionnel est aussi un lieu dhabitation pour des espèces animales et végétales
caractéristiques. Au niveau faunistique, on distingue trois classes danimaux
caractéristiques : les mammifères avec le lérot, la noctule (une chauve-souris),
la fouine ; les oiseaux, qui profitent de ressources amlimentaires adaptées
(insectes, petits rongeurs pour rapaces, fruits), comme le torcol fourmilier, le rouge
queue à front blanc, la pie grièche à tête rousse ou la huppe fasciée pour les plus
remarquables ; les insectes, très nombreux, avec les différentes espèces de papillons,
mais aussi les espèces pollinisatrices (abeilles, ...), et malheureusement la
présence d'insectes ravageurs, xylophages (mangeurs de bois) comme les scolytes.
A Fougerolles, les arbres fruitiers haute-tige sont
lélément marquant du paysage. Au regard des fonctions quils occupent, il est
bien entendu primordial de les entretenir et de les préserver. |
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Les vergers modernes |
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Des
agriculteurs organisés en CETA (Centre dÉtudes Techniques Agricoles) ont lancé au
début des années 1960 des vergers expérimentaux en basse-tige (près de lÉcole
de Beaumont et aux Chavannes). Des variétés locales de fruits furent greffées sur des
« Saintes Lucie », sur le modèle des vergers producteurs de cerises de la
vallée du Rhône et d'Ardèche. Lexpérience fut peu concluante : le
développement des arbres en hauteur nétait pas maîtrisable et on sest
aperçu quil fallait maintenir un espace de plantation bien supérieur (10 mètres
au moins). Après la récolte exceptionnelle de 1968, on expérimenta la première machine
à secouer : ce nouveau matériel permettrait à lavenir de pallier les
difficultés de la cueillette manuelle. De plus, cette mécanisation ne pouvait se faire
que sur des sujets à haute-tige. Au tournant des années 1970, plusieurs producteurs
organisèrent des vergers modernes. Ces beaux vergers, bien conduits, sont actuellement en
pleine épanouissement (à Blanzey et au Roigire, à Beaumont, « Chez Jean
DICOTET », au Prédurupt, à Croslières
). Depuis, avec le concours dun
centre technique alsacien « VEREXAL » et laide de différentes
structures départementales, un nouveau verger expérimental sest constitué au
Prédurupt dans le cadre dun GIE. Enfin de jeunes agriculteurs, grâce à une
formation pointue de technicien et de gestionnaire, relancent la plantation de jeunes
vergers en haute-tige conduits en association avec des herbages. |

Verger moderne basse tige aux Monts Durand (Bernard OUDOT). |
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Les arbres isolés |
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Arbre isolé au Sarcenot. |
Bien souvent, peu de chose, un petit détail, suffit à embellir une vue qui ne semblait
au départ que très banale. Ce peut être tout simplement un arbre isolé ou un bouquet
darbres dans un paysage nu, horizontal, sans envergure. Notre regard est attiré par
cet élément qui rythme une étendue trop homogène ; les arbres isolés constituent
des points de repère. De par leur situation, ils mettent en valeur leurs
silhouettes : la forme pyramidale de lAulne, les boules du Noyer, laspect
colossal du chêne
Larbre isolé, en plus de son rôle paysager, savère utile dun point de
vue biologique, écologique et productif. Par exemple, il sert de relais (abri,
nourriture, repos) pour la faune et produit des fruits. |
Lenrésinement
Dans les années 1950/1960, le Fonds Forestier National a encouragé la plantation
darbres résineux comme lépicéa du fait de son faible coût
dimplantation, de sa croissance rapide et donc de sa rentabilité. Nombreux sont les
propriétaires privés ainsi que les Communes et lÉtat à sêtre engagés
dans cette vague de plantation. On pensait redonner une vitalité à la filière
forêt-bois. Malheureusement plusieurs risques nont pas été mesurés et
aujourdhui lenrésinement est à lorigine de nombreux problèmes.
Bien entendu, nous observons un problème paysager avec limplantation de parcelles
de résineux un peu nimporte où, sans véritable cohérence avec
lenvironnement proche. On les appelle les parcelles « en timbre-poste »
cest à dire des parcelles rectangulaires ou carrées disséminées et isolées dans
le paysage d'une plaine ou dans les fonds de vallées.
Souvent les caractéristiques (enracinement traçant, acidité des aiguilles,
) et
les exigences (arbres préférant un climat daltitude) de ces résineux nont
pas été prises en compte et les règles dopérations sylvicoles nont, de
même, pas toujours été respectées (distances de plantations trop faibles, dépressages
et éclaircies retardés,
). Cest pourquoi on assiste à des récoltes de bois
en surabondance et, de plus, de mauvaise qualité. Les chablis de la tempête de 1999 ont
témoigné de la prise au vent accrue du fait dun rapprochement trop élevé entre
les arbres et de leur enracinement superficiel (on observe des « galettes »). |

Le lit du ru se creuse. Les berges sont abruptes ; elles ne
sont plus maintenues. L'arbre, à enracinement traçant, finit par tomber. |
Par ailleurs, les aiguilles, acides,
entrent dans la composition dun humus ou dun substrat acide rendant le sol
stérile de toute végétation entraînant, entre autre, la baisse de la biodiversité. La
qualité des ruisseaux, traversant ces plantations, est également menacée par
lacidification et par conséquent la faune aquatique disparaît. Les berges ne sont
pas tenues.
Aujourdhui, ces parcelles
sont exploitées et parfois, malgré les contraintes quelles apportent au milieu
naturel et au paysage, sont replantées toujours en résineux du fait de la facilité et
du faible coût de lopération, et de la difficulté dy faire pousser autre
chose
Un nouveau mode
dexploitation, provenant des pays nordiques, sest fortement développé :
labatteuse. Cet engin, entièrement autonome, piloté par un seul homme, abat,
élague et façonne sans difficulté plusieurs dizaines darbres par heure.
Malheureusement il dégrade considérablement le sol et les chemins forestiers par son
passage en creusant des ornières considérables et en accentuant le tassement du sol,
notamment par temps de pluie. Mais, là encore, la rapidité, le coût et la sécurité
sur le chantier sont des facteurs déterminants dans les choix des sylviculteurs
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Les
friches
Fougerolles,
territoire rural à caractère agricole et arboricole, nest pas à labri du
développement des friches au regard des différents hameaux.
Les friches
résultent de labsence dentretien des prairies, des champs, des berges de
rivières, de labandon de certaines cultures mais aussi parfois du patrimoine bâti
ancien et puis de la baisse du nombre dexploitants agricoles. |
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 Vue générale de
Fougerolles dans les années 1920 |
 Même prise de vue en 2004
: on observe un enfrichement conséquent. |
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Pourtant il suffit de défricher, ne serait-ce que quelques hectares, pour redécouvrir
des éléments patrimoniaux (murets, terrasses, arbres remarquables,
) et de
nouveaux ou danciens points de vue saisissants. Des souvenirs resurgissent alors du
passé pour certains, comme par exemple aux GrandFontaines où un long travail de
défrichement et aujourdhui dentretien annuel, a permis de remettre à jour ce
magnifique lieu si important dans la vie quotidienne de lépoque où il constituait
le point de rencontre du hameau du Prémourey.
Le défrichement est
une action qui doit être réfléchie. Défricher ne signifie pas pour autant tout
arracher. Il importe de conserver une identité paysagère, cest à dire de
maintenir des haies, des bosquets, des arbres complantés, isolés, faisant
loriginalité des paysages fougerollais. Les choix du lieu de défrichage, des
arbres à abattre ou à conserver, doivent être pris en considérant les aspects
paysagers, biologiques et écologiques. Le défrichage dune zone sous-entend
également son entretien par la suite en adoptant la fauche ou le pâturage.
Au Petit Moulin (Circuit
patrimoinial), la micro vallée créée par le ruisseau des Gouttes se ferme chaque année
un peu plus. Dans ces prés, humides et pentus, la fenaison se faisait manuellement, à la
faux, au râteau et à la fourche. Avec la mécanisation, dans les années cinquante, ce
fut labandon de cette activité ; la friche sest installée avec la
prolifération dune espèce exotique de plus en plus conquérante : la renouée
du Japon (plante très envahissante, introduite en Europe au début du 20ème
siècle, voir article de Michel CHARAUD dans le Bulletin n°29 de lADEF). Cela a
contribué également à la disparition de lécrevisse à pattes blanches, espèce
emblématique sensible à la détérioration de son milieu de vie.
Des plantations de
résineux et diverses essences de feuillus recolonisent les versants tandis que les
bas-fonds humides sont conquis par une grande diversité de végétaux pionniers
nitrophiles : ronce, sureau, saule, frêne, aulne, charme, érable, merisier,
noisetier, tremble,
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Afin de
contenir le développement rapide de ces végétaux, lagriculteur des lieux a choisi
d'y faire pâturer une race bovine originale : l'Highlander.
Cette race,
rustique, est dorigine écossaise. Elle a un large régime alimentaire très
diversifié et de plus est reconnue pour sa facilité dadaptation à tous les types
de terrains et sa résistance aux climats rudes. Cette solution a déjà été adoptée
dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord et en Allemagne, pour la réouverture
des vallées encaissées très en friches. |
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Labandon du patrimoine bâti
Il nest pas rare aujourdhui dassister impuissant à labandon et la
détérioration dun bâtiment pourtant si caractéristique, qui mériterait
dêtre réhabilité. Ces abandons résultent dun exode rural toujours
dactualité, parfois dun manque de financement ou daides aux
propriétaires pour rénover ces bâtiments dans le respect du style traditionnel plus
coûteux que la construction avec des matériaux modernes
Cest
pourquoi, avant la détérioration totale de la construction (nécessitant alors de gros
travaux de rénovation, coûteux) il importe dentretenir dès à présent et dans
les années à venir ces éléments caractéristiques que sont les fermes à charri, les
chèlos, les fours à pains, les fontaines-deuilles, les croix et autres oratoires ou
chapelles en intervenant régulièrement par de petits travaux de nettoyage, de
renforcement, de mise en valeur, peu coûteux, et échelonnés dans le temps. |
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 Ruines sur l'ancienne RN57
(un espoir de rénovation?) |
 Les Grand's Fontaines
à Croslières, malheureusement peu valorisées. |
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Respectons
les richesses patrimoniales et les savoir-faire hérités de nos aïeux en assurant leur
sauvegarde pour quà notre tour nous puissions les transmettre aux populations de
demain qui, espérons-le, sauront les apprécier à leur juste valeur.
Les murets de pierres
sèches |
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"Murger" en bordure de route en montant "chez
Jean DICOTET" |
A lorigine,
les murets de pierres sèches, ou encore « murgers » (terme régional
daprès Louis PERGAUD, écrivain originaire du Doubs, du début du XXème siècle.
Cf. « La Guerre des Boutons ») étaient construits dans lintérêt de
marquer la séparation de parcelles en l'absence de talus.
Nombreux sont les murets observables au parcours des différents hameaux de Fougerolles.
Ils témoignent dune organisation spatiale bien spécifique.
Aujourdhui, les murets de pierres sèches gardent, certes, leurs rôles
traditionnels mais présentent également dautres avantages. En effet, ils
participent à la diversité et à la structure du paysage et sont donc en premier lieu un
atout paysager. Lassemblage des pierres crée dinnombrables cachettes et
refuges pour de nombreux insectes mais aussi et surtout pour les reptiles (lézards,
orvets,
).
Les « murgers » tiennent donc une place importante dans le paysage mais aussi
dans la préservation dune faune particulière. |
Pour
plus d'information, retrouvez des articles complets dans le bulletin n°31 (possiblité de
le commander).
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